Pas de leçon de morale dans la littérature
juste une éducation sentimentale
une éducation à la vie
une construction de soi
une réflexion profonde possible
Les livres semblent s’écrire à mesure que je les lis
Les ai-je écrits
L’air y est plus pur
débarrassé de toute scorie
les mots dansent
noir sur blanc
respectueux
Lire c’est s’oublier
c’est trouver le sublime dans le quotidien
le sublime de ces vies minuscules de Pierre Michon
Grâce à lui j’ai rencontré le fils adoptif
le fils prodigue : André Dufourneau
Il a pris forme avec ses guêtres dans mon imaginaire
comme Elise j’ai attendu qu ‘il revienne d’Afrique
Le paquet de café est serré dans le placard de la cuisine
il garde encore un peu d’odeur
La littérature se partage
hier soir j’ai lu ces pages à mes amis
comme moi ils ont été estomaqués par la densité d’un silence martelé
du plus loin de nos mémoires

Lis !
intime injonction
Le jardin forteresse
la reine du silence
La mulâtresse solitude
Des phrases courtes, ma chérie
Ça c’est un  titre
il parle du lien
de la complicité
de notre finitude
Il va même parler de littérature
Solitude
Forteresse
Silence
Fais se bousculer les titres
Si je savais écrire ce que pour moi ils disent
je  serais écrivain
Quand tu seras grande
La musique des mots s’accorde au rythme de mes pas
à la respiration de ma pensée

Arrête-toi!
envie soudaine de lire avec eux
de retrouver avec eux l’instant précis où j’ai basculé
au détour d’une phrase
dans un monde étrange qui n’est pas le mien
et qui pourtant résonne avec ce que j’aurais  pu imaginer.
Décentre-toi!
je leur lirai ces pages
Réveille-les!
Des petits, des gros
des qui regardent par le trou des serrures
des qui serrent les fesses
des lâches
des faibles
des qui attendent
des qui n’attendent que ça
Décolle!
Je suis Icare et je vole  évidemment
évidemment je me brûle les ailes
Le Minotaure?
connais pas
Je lis St John Perse, aussitôt j’écris
Ce pays d’où l’on vient
qui bruisse des lueurs  du vent au loin
des marées qui surgissent
Là où les hirondelles
s’en viennent boire
où s’en vont dormir les guêpes et les frelons
Là-bas les bergeronnettes, dites hoche-queues
par les esprits malins
tissent leurs nids aux confins des volets
Tissage de  plumes, de mousse et de cheveux d’argent
Plus tard ils diront qu’ils ont vu les arbres pousser
l’herbe sèche foulée aux pieds des  vignerons
Le sang du figuier aux ramures fragiles
Plus de foin dans la grange et partant,
plus de bois
Une littérature comme une course à l’abîme
Le Caravage s’incarne
je le vois peindre
je comprends sa liberté
son audace
Tanizaki
James Ellroy
Môsieur Ferdinand Louis Bardamu Destouches Céline
Je franchis les continents et rugissants
et n’atterris que
peu souvent
De là-haut la terre me semble toute petite
toute  petite
Des échos?
parfois
Le fils de l’homme de Silverberg
le corps à moitié submergé par la mère
par les vagues et le  désir
La vie est un songe
Les mots se transforment en gestes
au théâtre
en voix douces ou rauques
en mille pelisses
En cris ou chuchotements
Me reviennent des bribes de Bérénice, Britannicus, Néron  lorsque je donnais la réplique à ma mère pendant des heures dans la salle de bains «raillez, raillez, nous ne vous craignons plus»
« Bon appétit, ô ministres intègres »
Hugo, Musset  une complicité s’installait entre eux, ma mère et moi.
Les Caprices de Marianne « belle  Marianne vous dormirez tranquille, le cœur de Coelio est à une autre et ce n’est plus sous vos fenêtres qu’il donnera ses sérénades …»

« Qu’est-ce après tout qu’une femme? L’occupation d’un moment, une coupe fragile qui renferme une goutte de rosée, qu’on porte à ses lèvres et qu’on jette par dessus son épaule ? Une femme ! c’est une partie de plaisir ! ne pourrait-on pas dire quand on en rencontre une :  voilà une belle nuit qui passe ? Et ne serait-ce pas un grand écolier en de telles matières, que celui qui baisserait les yeux devant elle, et qui se dirait tout bas :  « voilà peut-être le bonheur d’une vie entière », et la laisserait passer… »

Je restai captive des caprices de Marianne

« Adieu, Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu’on te fera de ces récits hideux qui t’ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : j’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois ; mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui»

On ne doit pas badiner avec l’amour, c’est sérieux l’amour

Ces mots me transportent quarante ans plus tard comme ils m’ont toujours transportée, leur romantisme désuet me  fait sourire malgré moi mais jamais me moquer

Suis-je pour autant une midinette
Bouscule-les
La vie immatérielle, Simone de Beauvoir
ne renie rien
Le castor m’a aidée à supporter une adolescence tumultueuse
Garder les yeux ouverts
se perdre dans le labyrinthe-
se retrouver dans l’Aleph de Borgès
se reperdre encore
Borgès a perdu la vue
la cécité ça m’a toujours fascinée
J’avais un ami aveugle de 90 ans, Monsieur St Arroman
bonheur de lui lire le k de Buzzati et les Nouvelles orientales
l’avoir rendu heureux à l’orée de sa mort
Suis-les
Elles ont le port altier de ces femmes aux cheveux  blancs qui maîtrisent leurs maux
Marguerite Yourcenar
Marguerite Duras
Annie Ernaux
Christine Angot
Sophie d’Ivry
Agnès Desarthe
Fred Vargas
Noëlle Chatelet
Raphaëlle Billetdoux,  Marie Billetdoux désormais
Sylvie Germain-
Madame de Staël
Taslima Nasreen
Nathalie Sarraute
Arundathy Roy
Virginie Despentes
Léïla Slimani
Marie Nimier
Marie Nimier petite fille, reine du silence
pleine de désarroi devant son œuf au plat jeté à la poubelle
l’appartement est silencieux, le père travaille
torpeur
incertitude puis choc
choc des  voitures de l’accident de son père
Fracas
Quand j’avais cinq ans j’m’ai tué
« Toutes les images disparaîtront»
A la lecture des ANNEES d’Annie Ernaux, j’ai décidé  de filmer ces femmes qui m’ont accompagnées pendant ce demi-siècle
Ces femmes que j’aime et dont je suis fière
On lit toujours seule…nous allions lire ensemble
revivre ensemble cet élan qui nous propulsait vers le futur
Nous étions fières et frondeuses
Notre rire était clair et  bruyant
L’amitié nous étreignait
La littérature est d’abord une voix avec laquelle on s’accorde
une musique
un rythme qui s’accorde au rythme de notre marche intérieure
Une littérature–paysage qui dévale les sentiers abrupts
se heurte aux pierres sèches du lot
les recouvre d’une couche de mousse  d’un vert cru
qui  creuse dans les falaises de craie son lit nonchalant
Annie Ernaux a dit tout cela  avec ses mots à elle, avec pudeur et un style qui embrasse la vie et nous fait aimer le flot d’images vécues
Niki de St Phalle
la bande à Baader
action directe
les brigades rouges
Sartre,  Bourdieu, Godard, Pialat
Gena Rowland
Chantons sous la pluie
Depardon
L’attrape-coeurs de Salinger
Boris Vian, Léo Ferré
l’expressionisme abstrait
la légalisation de l’avortement
le sida, Mitterrand et l’abolition de la peine de mort, le pacs
Marcel Duchamp, Sophie Calle
« Sauver quelque chose du temps où on ne sera plus jamais»
Cette écriture pudique respecte le lecteur
Elle respecte ma part d’ombre
Eloge de l’ombre
coins et recoins du repli de toutes les violences
de toutes les aspérités
Etrange littérature japonaise
Kafka sur le rivage
Kafka Tamura, quinze ans s’enfuit de sa maison de Tokyo
Littérature suédoise avec le commissaire Wallander
cher à Henning Mankell
polars socio-politiques surtout
La lionne blanche et l’apartheid
Les chiens de Riga
société perdue, qui a perdu son humanité
Mapuche, Condor de Caryl Férey
Accroche-toi
Kawabata- Murakami- Tanizaki
Tanizaki -Murakami-Kawabata
Tanizaki mon préféré.
Deux vieux regardent les belles endormies
deux fieffés coquins
Liaisons dangereuses
une littérature doucement érotique
Femme, Femme, bruissement d’elle….
Elle frappe aux carreaux la Baba Yaga
des contes des pays de neige de mon enfance
Elle a une grosse verrue sur le nez
Quelle chipie cette  Sophie d’avoir osé découper son poisson rouge pour le donner au dîner de ses poupées
J’ai retrouvé dans un vide-greniers, le manuel de «  lecture active  » de ma classe primaire :  « Ainsi font font font… »
chez Hachette
j’ai reconnu  la couverture rouge et  noire
Au son [ch ] correspond  un nounours à un seul oeil
Chonchon est l’ami de Clindindin :
«  Cet ami n’est pas un monsieur, pas une dame, pas un enfant, pas un joujou, pas une bête
Il est bien difficile de dire ce qu’il est… »
Au son [oir] Cluclu veut dormir  la porte entr’ouverte car il a peur du noir !
J’ai reconnu Marlaguette et Perlette, goutte d’eau
Dans ma tête se côtoient mille personnages colorés et qui n’ont pas d’âge
«Ces langues imparfaites en cela que plusieurs..
Manque la suprême »
Qu’a voulu dire Mallarmé  ?
musique vide de notes
La vie est ailleurs
vivre la langue vive avec Alain Rey, avec Denis Grozdanovitch…
Ce dernier me fait rêver rien qu’au lu de ses titres
Petit traité de la désinvolture
Rêveurs et nageurs…
Grozda inspiré de sa lecture du Littré
commente les  mots fleuris, oubliés, remisés

MARGINER « Un de mes plus grands plaisirs à acheter des livres d’occasion est de rechercher ceux qui sont marginés et de pouvoir ensuite méditer sur les remarques et gloses inscrites au crayon par des lecteurs inconnus. Celles-ci confèrent un charme supplémentaire à la lecture, car elles accentuent ce qui fait à mes yeux l’essence même de la littérature, à savoir, établir une fragile communication anonyme, d’âme à âme, au fil du temps. »

je ne peux lire un livre sans écrire
il me faut m’approprier le livre, l’investir
laisser ma trace à celui qui le lira après moi
LIBRICIDE « la question cruciale qui va se poser dans les années à venir est de savoir si internet est oui ou non libricide qu’on pourrait légitimement le craindre»
avons rencontré par 2 fois Grozdanovitch
avons ri avec lui
Il est le Montaigne du 20ème siècle
La vie est ailleurs
Dans les collections blanches –NRF- collections de poche – des roses  –  des noires – des arcs –en-ciel – vieux Gallimard essoufflés – des points-Seuil écornés– ceux dont mon père séparait les pages au coupe-papier- Des 10/18 …- des éditions de Minuit –
Je suis  Dillettante  !
Eclats de lumière- éclats de verre
éclats de vie- éclats de rire
clairs-obscurs au coeur des ténèbres et en même temps instruments des ténèbres
l’accent sensuel de Nancy Huston  m’effleure, m’effeuille

Huston-Texas
Angélica- John Huston
Dolce Agonia- Une agonie qui regarde la mort et l’amitié en face.
Savoir  la mort qui nous attend
Ce sont mes nourritures terrestres et célestes
spirituelles
Passer par la porte étroite de Gide
Aborder les rives du rire et de l’oubli
Panique à bord

Arrêt sur image-
La  Douleur- Marguerite  Duras
Capitale de la douleur
Oui Anthelme  en est revenu des camps de la douleur
a témoigné toute la nuit
on ne pouvait plus l’arrêter de parler
Il voulait témoigner absolument
Il n’a dans un premier temps pas réussi à remanger puis
peu à peu
il s’est remis à vivre
Mon cœur, avec le sien s’est remis à battre
Fais qu’ils te croient
A la mort de mon père il a fallu trouver les mots de la douleur pour son départ
c’est lui qui me les a transmis
il les avait soulignés pour moi dans  Le temps retrouvé
Mon père aimait lire
La recherche du temps perdu
ce livre l’a accompagné toute sa vie
il était sur sa table de nuit à la clinique
Il  a encadré un extrait du Temps retrouvé
et  écrit «essentiel»  dans la marge

 « Cela expliquait que mes inquiétudes au sujet de ma mort eussent cessé au moment où j’avais reconnu le goût de la petite madeleine, puisqu’à ce moment là, l‘ être que j’avais été  était un être extra-temporel, par conséquent insoucieux des vicissitudes de l’avenir …dans un jour ancien et maintenant, dans ce qu’elle avait d’extra- temporel, un être qui n’apparaissait que quand, par une de ces identités entre le présent et le  passé, il pouvait se trouver dans le seul milieu  où il pût vivre,  jouir de l ‘essence des choses,  c’est à dire en dehors du Temps »

Les inégalités sociales m’angoissent
Je suis une femme en colère
Lire c’est vivre la démocratie qui nous échappe chaque jour un peu plus
Je vis plusieurs vies
j’ai le don d’ubiquité
J’ai la chance de vivre dans une région habitée par les voix de Maupassant et Flaubert
ma poésie à moi est doucement érotique

Corps-Paysages
un fracas de mots engagés
un rythme, une cadence, un souffle, une respiration
des références clins d’oeil que je partage avec vous
je vous attends au détour de mes phrases
toujours vous me manquez
Femme, femme, bruissement d’elle

Pascale MARCHAL, 2016

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