Île luit, il lui
Lui et mon île
Lui et mon il, viril, île de beauté, du chat botté
Il divague
D’habitude il ne dit pas grand-chose
L’île se recroqueville, n’accueille le radeau que les jours où les méduses
abondent
La liberté nous guide
On a parqué les esclaves au loin de Gorée
On les engraisse au maïs lorsqu’ils sont trop chétifs
Ils ne prendront la mer, au loin des récifs, que lorsqu’ils
auront récupéré des forces
Mon il s’oppose à mon jeu castrateur
Il envahit mon île d’adoption
Celle où je me réfugie la nuit pour faire taire mes démons
Mon île peuple mes rêves envolés
Et si l’envol
de mes rêves esseulés vous trouble
n’en veuillez pas à mon il
Il me persécute, il me torture
il est en moi pour étendre ces longues veines diaphanes et me faire respirer
Il, en moi, s’époumone
Reviens à toi, il de beauté, mon il
ma source vive
Laisse éclater les bulles à la surface de tes marécages
Les bulles à la surface de tes marées
En moi vit un monde peuplé d’esclaves moirés de plumes sauvages et d’édens surannés
Viens à mon il
Laisse éclater les brumes
Ajoute à la tristesse la fureur d’aimer
Sur mon il, je me penche
sur mon il, je m’étends
J’écarte enfin les bras
je desserre mes poings
mes paumes et toute la main avec
Laisse aller, ne romps pas le silence
En moi vit un paysage de sources non taries
de collines usées, de bruyère et de lavande des mers
Mon corps est un paysage dans lequel je me noie
Un paysage vide, un paysage plat, un paysage noir et blanc, gratté à la pointe du pinceau
On y lit la Bible, le Coran, la Torah et tous les livres de Borges, de Céline et de Duras

Mon corps est un paysage d’Arcimboldo.
Mon corps est un paysage du quattrocento
il s’appelle Lisa et son passé est très simple

On plonge en moi dans des eaux bienfaisantes
Repose-toi mon il, sur mes rives de sable
Allonge-toi aux pentes vivifiantes

Mon corps est un paysage

où sonnent les clochers des cathédrales
où les troupeaux vont boire
où l’on accède par des échelles de bois, de lianes et de roseaux
Accroche-toi aux branches
Il est un pays connu de moi seule, que tu rencontreras
au loin des Pacifique et des océans indiens
Les esclaves y sont bien
On ne les gave plus
Ils ont repris leurs chants, ils ne sont jamais loin

Je les ai libérés
leur ai défait leurs chaînes…

Texte paru dans le recueil Corps-paysages/em>, de Pascale Marchal

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