beau comme une ride qui apparaît à la surface des eaux
beau comme un pendu qui se balance aux quatre vents
beau comme le cœur qui se serre à la naissance des fleurs
beau comme la salive quand on lèche
beau comme la nudité
belle comme une salamandre qui se dore au soleil de l’hiver
beau comme un étang gelé qui craquelle sous le vol d’un insecte
beau comme le silence qui mugit sous la brume
belle comme l’ombrelle dessinée par l’ennui
belle comme l’immensité de sable que personne n’a flouée
beau comme l’écho de ma voix qui se perd au matin
belle comme la fontaine oubliée sur la place
belle comme l’anguille sous la pierre enroulée
beau le regard de l’enfant adultère
beaux les draps qui soupirent
belle l’incertitude et le front qui se plisse
l’anneau désespéré, le chant d’une méduse
étrangement belle la laideur du monstre qui se cache
beau ce bec de lièvre qui ponctue le sourire d’une vieille
étrangement belle la pâleur de la mort sur son front
atrocement beau ce visage accidenté qui effraie
incroyablement belle l’horreur d’une rixe
si belle la puanteur des cadavres
beau le glacial de la salle d’autopsie
vertigineusement belle la vulgarité du crachat que l’on jette
tragiquement beau le regard d’Oedipe énucléé
La beauté, connais pas
La beauté respire mal sous l’eau amère
de mes trompes de Fallope
La beauté malmène l’homme qui a mal
La beauté installe un confort dont on ne revient pas
La beauté dérange-t-elle
La beauté s’endort au fil des siècles de barbarie
La beauté au long cours emmanchée d’un long cou
Beauté immortelle, quand te souviendras-tu
La beauté se décline
la beauté convulsive
Beauté j’écris ton nom, beauté je crie ton nom

Origine du monde
Courbet caché au fond d’un isoloir de Bataille
de Foucault
ou de Lacan démunis
monde de mes origines
achève, viens beauté, annonce le futur
un monde qui soupire, qui vacille et se gonfle
arrive en moi beauté, nourris-moi de saveurs
des saveurs de ce monde
qui bat très fort en moi
beauté triste, beauté franche
beauté qui en redemande, beauté essoufflée
qui s’appuie sur mes hanches et qui tombe
Et moi beau con ouvert
A toi offert spectateur de beauté de musée ou d’esclandre
Origine du monde
On m’a volé ma tête et mon cou et mes bras
On n’a laissé au visiteur avide que ce con malhabile
la beauté sera convulsive ou ne sera pas
La beauté aura peur et se cachera sous les draps blancs des filles
avancera voilée, un fardeau aux épaules
La beauté explosera parfois aux jardins des marées
en bouquets
en traces indélébiles
la beauté inondera les vierges
inondera les verges

la beauté n’a pas d’âge
elle se pare de mots
d’innocence flétrie et d’effets
elle crie aux faces des cathédrales
s’enfouit la tête dans les sables d’été
apparaît nue, les bras brinquebalants
la mine fraîche et les dents bien rangées
elle rongera les os des cimetières
s’ensevelira

elle attend des aubes plus clémentes
au miroir des statues le matin elle se pâme
réclame haut l’amour
se casse sur les murs de honte
la beauté n’a qu’un temps
la beauté immortelle aux mortels
s’épanche
la beauté s’énumère
la beauté joue des tours
elle a le verbe haut se rebelle et rebelle
se moque, s’enorgueillit
se penche
accepte confidences des plus prudes, des plus osées
des tendres
la beauté n’a qu’un temps, le temps d’apprendre à voir
de marcher de comprendre
la beauté s’alourdit d’énigmes surannées, de troubles éphémères
d’alcôves enivrantes
de parfums délétères
la beauté s’énumère
en dentelles flétries
en performances vaines
elle se cognera la tête sur des murs de granit

s’arrachera

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