Avec un titre aussi mystérieux que celui de son premier roman, Rue des boutiques obscures, Patrick Modiano nous offre Dans le café de la jeunesse perdue, un roman choral, d’une douceur et d’une âpreté infinies
Nous errons avec lui dans les rues du Paris des années 60, carambars et scoubidous ; un Paris dans lequel il est facile de brouiller les pistes et dans lequel nous partons à la recherche de Jacqueline Delanque, dite Louki
On la retrouve, grâce à un détective privé, dans un café aujourd’hui disparu : « Le Condé » où se côtoient des intellectuels à la dérive
Puis Louki elle-même nous livre une partie de son adolescence en solitaire, son goût pour la nuit, son goût pour la fugue. Elle laisse sa trace dans les mains courantes d’un commissariat du 14ème arrondissement pour « vagabondage de mineure» dans le quartier Clichy, vers la Place Blanche Elle lit « Horizons perdus » pour trouver un sens à sa vie et elle fugue une dernière fois, peu après son mariage
La dernière voix du roman est celle de son amant Roland, il évoque leurs errances dans les métros, sur les boulevards, de bars en bars
Nous détenons alors les pièces d’un puzzle formé d’êtres qui se sont tus sans jamais pouvoir reconstituer leur ultime vérité
Patrick Modiano a un pouvoir hypnotique sur son lecteur
Il sait lui faire suivre un labyrinthe dont le fil d’Ariane est ténu et tente à chacun de ses romans – y parvient-il ?- de capter l’essence de silhouettes qu’il a croisées, fantomatiques
d’êtres qui refusent de disparaître complètement
Par son écriture rapide, précise et légère, il nous fait entrer dans un univers noir et blanc, redonne vie à des anonymes et confère aux années 60 une teinte ternie comme le ferait un polar sans crime et sans meurtrier
Sa prose est diaphane, visuelle et en même temps insaisissable ambiguë
J’aime entrer avec lui dans un temps révolu, suivre ses pérégrinations dans les «zones neutres» dont il a le secret
Il donne du relief à ce qui n’en a pas: un cahier à spirale, une banquette en moleskine rouge, un appartement sans meubles
Tout semble réaliste et pourtant étrange
Plus il en dit et plus nos repères sont flottants
Une écriture comme un oubli, comme une longue chute dans le vide
silencieuse

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