Pascale Marchal, Tiago et Estebanextraits du Récit de Pascale Marchal, paru aux éditions Livre sa vie, 2020

Tiago et Esteban

«Tous les soirs, je passe les premières heures de l’obscurité à remplir ces pages dont j’ignore si quelqu’un les lira un jour»

Ainsi commençait la lettre étrange que Tiago me lut par un soir de décembre et qui devait, moi Esteban, me faire entrer dans le rôle qu’il avait choisi pour moi dans sa dernière pièce de théâtre: «Je veux une suite et pas une fin»
Tiago habite Buenos Aires dans un appartement proche de la place des folles de mai, qu’il conviendrait de renommer car elles n’ont de folles que la douleur qui les submerge depuis que leurs fils ont disparu.
Je soupçonne Tiago d’avoir choisi cet appartement à dessein, pour les soutenir moralement, car Tiago sait être fantasque à ses heures et profond quand la nécessité se fait pressante, surtout quand elle est politique…

 

…Erre,
erre,
erre
je suis le juif errant, votre Hérodiade, votre princesse juive
pauvre hère éternellement triste
hère chagrin
hère liberté
chant
poème illisible
aède incompris
j’ai laissé ma trace sur la neige, le limon et le sable
je suis cet air dont tu n’auras plus besoin
je suis terre et me terre
je m’enterre et je mens
à travers moi passent mille silences et mille trahisons
je condamne votre fanatisme et vos intolérances religieuses
j’ai porté en mon sein vos pleurs et vos péchés
je suis jnoun à mes heures, chayatine de vos pensées blafardes
bouc émissaire
j’ai toujours été seul et je meurs
vous me verrez partout où vos yeux se poseront: dans les interstices, dans les fissures, dans les sols craquelés de sel ; là où beuglent les vaches, où murmurent les mésanges.
Dans le tronc noirci des figuiers, dans l’eau brouillée des canaux, au large du Dadès, dans les casbahs en ruines

mon nom est personne et je est un autre

je n’ai ni âge, ni naissance, aucun ami, pas de parents
mon odeur est fétide, je plane au-dessus des bambous
mon haleine est chargée de tous vos maux
de la perversité de votre esprit guerrier
j’ai tenté mille fois de retenir le bras qui brandissait poignards, qui brandissait le fer
je me suis heurté à cette force humaine qui détruit et qui crache
à vos chars
à vos rafales sans regard
parfois par mon souffle je vous ai inspirés
vous étiez nus et je vous ai drapés
vous étiez muets et vous avez crié

Je vous ai confrontés, affrontés, rendus purs à vous-mêmes…
Mais de souffler m’épuise…
vos balbutiements et vos erreurs m’épuisent
je ne suis plus vos cours d’eau poisseux, poison de vos veines
mon immortalité me tue
je vous entends à peine
sur vos tréteaux de bois
déjà je ne vous entends plus…

 

Le livre Tiago et Estéban est disponible

Pour vous le procurer, merci d’envoyer un chèque de 10€ (+2€ de port)
à l’ordre de Pascale Marchal et de l’adresser à
Editions Livre sa vie
5 rue Dieutre
76000 Rouen

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